COLLECTIF RENARD BLAIREAU
COLLECTIF NATURE & VIVANT

Publié le 31 Mars 2025
LES BOÎTES DE DÉRATISATION
DANGER MORTEL POUR LES JEUNES HÉRISSONS
UN DOSSIER DU

Lettre ouverte à :
M. le ministre de l’Aménagement du territoire et de la décentralisation.
M. Le ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche
Mrs. les ministres,
Le hérisson d’Europe, dont les effectifs ne cessent de s’effondrer, est une espèce « parapluie » relativement dépendante de son habitat. Ainsi, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), dont la liste recense les espèces en danger d’extinction, vient de faire évoluer le statut du hérisson d’Europe de « préoccupation mineure » vers « quasi menacé ».
Dans son communiqué de presse du 28 octobre 2024, L’UICN déclare « On estime que les effectifs de l’espèce ont diminué dans plus de la moitié des pays où elle est présente… À l’échelle nationale, les populations ont diminué d’environ 16 à 33% au cours des dix dernières années, des études locales signalant également des diminutions allant jusqu’à 50% en Bavière (Allemagne) et en Flandre (Belgique) … »
L’espérance de vie des hérissons est passée d’une dizaine d’années à seulement deux ans en moyenne.
Les hérissons commencent à se reproduire à l’âge de 12 mois environ et donnent généralement naissance à trois ou cinq petits pour chaque portée « Cela signifie que de nombreux hérissons peuvent se reproduire une fois, ou peut-être deux fois s'ils ont de la chance, en moyenne avant de mourir », indique Le Docteur Sophie Lund Rasmussen, juste assez « pour maintenir la population à un certain niveau ». Bientôt, cela pourrait ne plus suffire.
Les diverses causes de ce déclin sont toujours anthropiques. Mais, outre ces multiples causes, comme la perte de leur habitat liée aux aménagements urbains, la destruction des haies, la fragmentation de leur territoire, l’usage de pesticides, l’effondrement des populations d’insectes, les mutilations accidentelles et le danger des routes, les hérissons sont aussi les victimes collatérales des rodenticides (anticoagulants utilisés pour tuer les rongeurs).
De nombreuses études ont été effectuées sur l’exposition des espèces non-cible aux anticoagulants.
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Dans une étude publiée le 22 janvier 2025, sur l’exposition du Hérisson d’Europe aux rodenticides anticoagulants, Anouk Bloch (dans sa thèse de doctorat de vétérinaire) démontre que les mammifères insectivores sont exposés aux anticoagulants au même niveau que les mammifères carnivores.
Cette étude réalisée sur 85 hérissons, bien qu’effectuée sur une courte période (entre fin décembre et mi-mai), a mis en évidence une contamination aux anticoagulants de 47 % des individus.
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Claire V. Dowding & al. 2010 au Royaume-Uni ont relevé des taux d’anticoagulants chez 66,7 % des 120 hérissons analysés.
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Lopez-Perera & al. 2015 en Espagne ont constaté eux aussi que 58,3 % des animaux étudiés présentaient des taux d’anticoagulants.
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L’exposition des hérissons aux anticoagulants peut être primaire, par ingestion directe d’appâts empoisonnés ou secondaire, par ingestion de proies contaminées (insectes, escargots, limaces…).
L’ensemble de ces études montrent que près d’un hérisson sur deux est contaminé par les anticoagulants, dont certains présentent des taux mortels (probablement liés à des ingestions directes).
Face à ce constat, affectant une espèce en grand déclin, nous devons absolument tout mettre en œuvre pour éviter les contaminations, qu’elles soient primaires ou secondaires.
Anouk Bloch, recommande d’apporter une meilleure protection aux appâts tout en améliorant leur conditionnement, d’augmenter les contrôles lors de la vente et de l’utilisation des anticoagulants, ou de promouvoir d’autres moyens rodenticides qui présenteraient moins de risques pour les espèces non-cibles et l’utilisation de répulsifs contre les mollusques (dont se nourrissent les hérissons) autour des appâts, afin de protéger les hérissons d’une contamination secondaire.
En France la législation actuelle impose l’utilisation de boîtes d’appâtage afin d’optimiser la sécurité des espèces non-cible. Or, nous constatons que ces boîtes représentent un danger pour les hérissons juvéniles et sub-adultes de moins de 400 grammes, qui peuvent facilement pénétrer à l’intérieur, lorsque ces dernières sont posées directement au sol.
Ce constat n'est pas en adéquation avec le RÈGLEMENT (UE) N o 528/2012 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 22 mai 2012 qui met l'accent sur le principe de précaution pour éviter de nuire aux espèces non-cible, ni avec L’arrêté du 20 avril 2017 pris en application de l’article R. 522-16 du code de l’environnement qui indique : « Les postes d'appâtage ne doivent pas laisser une possibilité d’accès au produit rodenticide par des enfants ou des animaux non-cibles. »
La situation est d’autant plus grave que le hérisson d’Europe, espèce protégée en grand déclin, est inscrit à l’annexe III de la convention de Berne, et sur l’arrêté du 23 avril 2007 qui fixe la liste des mammifères terrestres protégés article L. 411-1 du code de l’environnement.
Il est incontestable en regard de nos observations et des documents joints à cette lettre ouverte (1) (2) (3) (4) que les boîtes d’appâtages ne satisfont pas à l’exigence d’inaccessibilité requise par la législation concernant certaines espèces non-cibles. Afin de ne pas sur-fragiliser l’espèce déclinante du hérisson, nous demandons aux autorités compétentes une révision de l’arrêté du 20 avril 2017 pris en application de l’article R. 522-16 du code de l’environnement, relatif aux conditions d’utilisation de certaines catégories de produits biocides en indiquant clairement l’obligation d’installer systématiquement les boîtes d’appâts sur un support vertical d’une hauteur minimale de 40 centimètres, afin de les rendre inaccessibles aux jeunes hérissons.
Nous recommandons également d’imposer aux fournisseurs de ces boîtes destinées au grand public, soit d’indiquer ces recommandations de positionnement sur l’emballage, soit de vendre les boîtes d’appâtages accompagnées d’un support d’une hauteur de 40 centimètres.
Nous appuyons la consigne d’Anouk Bloch d’utiliser un répulsif naturel et non toxique contre les mollusques autour des appâts afin de protéger les hérissons d’une contamination secondaire.
Nous ne doutons pas que notre requête retiendra toute votre attention.
Veuillez agréer, Mrs les ministres, l’expression de notre considération.
Corinne Rolland, fondatrice du collectif Renard Blaireau Nature et Vivant
1 Jeune hérisson entrant dans une boîte d’appâtage (capture d’écran tirée de la vidéo4)
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2 Jeune hérisson à l’intérieure d’une boîte d’appâtage (capture d’écran tirée de la vidéo4)

3 Jeune hérisson sortant d’une boîte d’appâtage (capture d’écran tirée de la vidéo4)
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4 Lien vers la vidéo de sensibilisation (copyright PennyPostChannel) :